Et si l’on parlait d'anxiété?
- Amélie M-B

- Nov 20, 2020
- 4 min read
Embrace tes peurs et transforme-les en beauté

Dans mon premier billet, je disais qu'il y a autant de chemins qu'il y a d'humains. Eh bien, je vous dirais que l'anxiété se manifeste d'autant de façon qu'il y a d'anxieux. Je ne suis pas psychologue et je ne connais pas tout sur le sujet, mais comme j'ai un diagnostic d'anxiété, j'ai envie de vous parler de la manière dont ça se présente chez moi et des solutions qui fonctionnent pour moi. La santé mentale, parlons-en!
Petites obsessions deviendront grandes
Je vous peins un tableau vite vite.
Que ce soit quand je traverse la rue, quand je prends ma douche, quand je descends des escaliers ou quand je vois mon chum manipuler sa fonderie, j'imagine toujours le pire : dans mon imaginaire, je meurs écrasée, je glisse et je me fracasse le crâne, je déboule les marches, mon mari pogne en feu. En l'espace de quelques secondes, tout bascule dans ma tête. Tous les jours, plusieurs fois par jour.
Il y a quelques idées qui m'obsèdent plus que d'autres : j'ai peur que les choses explosent ou prennent en feu, j'ai peur d'oublier de faire mes contrats ou de faire des erreurs, j'ai peur de mal fermer la porte, que mes animaux s’échappent par la porte restée ouverte et qu'ils meurent écrasés par une voiture. Je déteste répondre au téléphone quand je ne reconnais pas le numéro ou quand l'appel n'est pas planifié, conduire l'hiver me donne des sueurs froides, l'imprévu me fige.
Mon cerveau a développé des mécanismes pour m'aider à gérer ça, mais c'est devenu envahissant à la longue. Ce n'est pas nécessairement normal si tu arrives en retard à tes rendez-vous parce que t'as passé trop de temps à vérifier si ta porte était bien barrée et si les animaux étaient bien dans la maison ou si tu n'arrives pas à t'endormir parce que tu dois vérifier 20 fois si tes ronds de poêle sont bien éteints.
Ajoute à ça les rencontres qui impliquent plus de deux humains à la fois. Les événements en groupe m'angoissent. J'ai tellement peur d'avoir pas d'allure, d'avoir rien à dire, de dire des choses vexantes, d'être pas assez intéressante, intelligente ou comique, que je me mets à suer comme un porc, à chercher mes mots, à plus être capable de suivre les conversations parce que je suis trop dans ma tête.
Bon, j'ai peint le quart de la toile, mais vous voyez le genre.
Apprendre à se gérer le hamster
Une partie de la solution, pour moi (je répète que c'est personnel à chacun), repose en trois idées : faire du sport, extérioriser les angoisses à voix haute pour mieux les analyser et les rationaliser et se mettre en danger, sortir de sa zone de confort.
J'ai réalisé que courir me fait énormément de bien quand je panique. Ça a quelque chose de scientifique aussi! En effet, notre corps sécrète des endorphines (hormones du bonheur) lorsque nous pratiquons des sports, ce qui apaise les hamsters hyperactifs. D’ailleurs, petit fait intéressant : chanter offre le même genre de bienfait en favorisant la création d’endorphines et d’ocytocine (autre hormone qui diminue le stress).
J'ai aussi appris à extérioriser et à analyser mes angoisses pour mieux les désamorcer. Nos peurs partent de quelque part. Comprendre d'où elles viennent permet de rationaliser et de changer notre discours interne. On a tous de fausses croyances que l'on nourrit depuis des années, et plusieurs cerveaux ont la fâcheuse habitude de déformer la réalité (je parlerai des distorsions cognitives dans un autre billet). Observer nos pensées nous permet de les attraper au vol et de prendre le temps de les transformer en un message plus positif.
Finalement, sortir de sa zone de confort, c'est nécessaire. Créer des expériences positives permet d’éloigner le négatif et se pousser à faire des choses épeurantes permet d’éviter qu'elles nous paralysent. Pour ma part, je me force constamment à faire des choses qui me terrorisent. J'en retire souvent plus de positif que de négatif et ça m'aide à me voir d'un œil bienveillant.
C'est ben correct de porter des lunettes
On ne reprochera jamais à un myope de porter des lunettes. Pourtant, il y a comme un jugement qui vient avec la médication. Il va de soi que j'encourage très fort les gens souffrant d'anxiété à essayer les trucs énumérés ci-dessus. Cependant, il arrive parfois que l'anxiété devienne envahissante, et c'est correct d'opter pour la médication si le besoin se fait sentir. Pour ma part, j’ai longtemps lutté contre l’idée de prendre des pilules tous les jours : je ne voulais rien savoir. Quand j’ai commencé à arrêter de faire les choses qui me plaisent, à m’absenter des événements en groupe parce que ça me stressait trop, à m’empêcher de voir des gens que j’aime parce que le hamster dans ma tête ne me lâchait plus, j'ai compris que les solutions mises en place ne suffisaient plus. C'est à ce moment-là que j'ai pris un rendez-vous dans un CLSC pour avoir de l’aide. La thérapie et la médication m'ont aidé à reprendre du pouvoir sur mes pensées, et j'accepte maintenant que de porter des lunettes en forme de comprimés, ça me permet de vivre une vie plus saine.
La santé mentale, parlons-en.



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